| Titre : Vase de Noce | Pas d'affiche disponible |
| Réalisateur : Thierry Zéno | |
| Scénariste : Dominique Garny | |
| Producteur : Thierry Zéno | |
| Année de production : 1974 | |
| Origine : Belgique | |
| Avec : Dominique Garny |
Interdit aux - 16 ans
Violence Physique : Non
Violence Psychologique : Oui (dérive du personnage, zoophilie, scatologie)
Sexe : Oui (un acte simulé sur l'animal, de nombreuses séquences de sexe entre animaux)
Gore : Oui (à proprement parler, non, mais la scatologie s'inscrit dans le gore)
Si le titre international de Vase de Noce est The Fucking Pig movie, c’est sans doute pour mieux attirer le client, éveiller la curiosité malsaine du spectateur, ou pour, au contraire, lui suggérer dès le départ que le film se veut spécial, marginal, subversif, et donc pas pour tout le monde. Si on sait directement qu’il sera question d’actes zoophiles dans l’heure et demi qui va suivre, en revanche, on ignore tout de la dimension philosophique de l’œuvre.
Shooté par le belge Thierry Zéno, en 1974, Vase de Noce est une pure bande indépendante, trash, et fauchée. Le scénario pourrait se résumer de la sorte : Un fermier isolé du reste du monde évolue seul au milieu de ses animaux et tombe amoureux de sa truie.

Dès le plan d’ouverture, Zéno annonce les thématiques du film : la recherche d’identité, la définition de l’homme, celle de l’animal, l’inconscient collectif et les rituels.
Si le fermier se cherche une identité, véritable fil rouge du scénario, c’est majoritairement dû à son isolement. La ferme est perdue au milieu de nulle part, et le héros a pour seul compagnie ses animaux. Il ne prononcera pas un seul mot du film, d’ailleurs. Plaçant une tête humaine miniature en plastique sur le cou de pigeons, le fermier est en quête d’humanité, et compte bien en trouver chez les bêtes. Il observe dans une première partie, l’animal, se confondant avec lui, écoutant ses conversations. Alors que les poules et les dindes forniquent sans arrêt, la truie exhibe fièrement sa paire de fesses. C’est dans le physique du cochon qu’on trouve le plus de similitude avec l’humain, dans sa couleur, dans sa « texture », dans ses attitudes. Le fermier opère alors un rituel de séduction et d’auto-conviction. Quand il ne caresse pas les mamelles de sa cochonne, il lui fait l’amour. Véritable jeu de rôle, le fermier veut se faire animal, ou rendre l’animal plus humain qu’il ne l’est. Effacer les barrières, voilà ce qu’est le véritable objectif. Il mange dehors au milieu des poules, se promène nu, et fait ses besoins dans une cuve, elle aussi laissé au milieu de la nature. C’est ici que le déclic se fait : l’homme est un animal, et ses codes de conduite ne sont qu’inconscient. Si le coq dominant, adultère, se venge et tente de punir le dominé, si la truie défèque sans s’isoler, et si elle prend part à une partie de Colin Mayard avec lui, c’est parce que les animaux ressentent également les sentiments primaires qui régissent la société humaine depuis des siècles.

Mais alors, que reste t-il d’humain dans cet animal que l’on voit à l’écran ? Les rituels et la religion, les actes fétichistes. Si l’homme tue l’animal pour le manger, la poule fait de même avec le lombric. En revanche, le fermier conserve toujours un artefact de son meurtre, et remplis des bocaux avec les plumes de la poule, qu’il aligne méticuleusement sur des étagères, reproduisant un cimetière miniature. Le fameux Vase du titre. Il n’oublis pas de sonner la cloche chaque jour, et de se croiser avant chaque repas. Mais à quoi bon ? La truie donne naissance à trois enfants. L’acte immoral, le péché impardonnable alors commis, devient irréversible. L’homme ne demande pas l’absolution, et se détourne de son Dieu, pour mieux laisser place à son ressenti primaire. Si l’idée nous est déjà soumise dans un plan post-coïtale, où la truie elle-même sonne la cloche, signifiant alors que l’homme et l’animal sont mariés (elle en vient à accomplir les taches qu’il exécute), elle prend tout son sens lorsqu’il, après avoir aidé sa femme à mettre bas, joue au cerceau. Un rappel à son enfance, un autre rituel, mais qui n’est que recherche d’expression de contentement. Il est également question de rappel inconscient à la petite enfance, lorsqu’il reproduit les gestes de sa mère, ou de sa grand-mère, en tricotant de petits manteaux pour les porcelets.
Si la truie n’était qu’un animal pour le spectateur, elle sera, à partir de sa grossesse, filmée comme un humain. Zéno fait le choix de nous la dévoiler en gros plans, sur sa tête, ses mamelles, mais également sur sa vulve lors de l’accouchement. Le fermier s’est reproduit, il a maintenant des rejetons de sa semence, et s’improvise père dans une scène centrale, où les trois gorets prennent part à un repas, chacun une assiette, chacun sa place à la table. La scène, qui peut prêter à sourire, nous démontre que l’échec est cuisant. Les cochons, d’une part, n’arrive pas à se tenir correctement et renversent leurs assiettes, mais ils préfèrent les cris aux chuchotements, voir au mutisme. Ils n’ont rien d’humain, rien de l’humain qui leur sert de père. Dans cet enfer post-apocalyptique (il n’y a pour seul humain que notre fermier, et rien ne nous laisse présager du meilleur pour l’humanité, tant il semble être le dernier de sa race, l’idée de reproduction aidant à consolider cette théorie), gouverné par les caquètements, l’homme craque et commet l’impensable : un infanticide.

L’homme est un animal pour l’homme, l’animal est un humain pour l’homme. Impossible de faire une distinction entre ces deux phrases pour le fermier, qui impuissant, assiste à la colère de sa truie, qui hurle à la mort (dans une scène incroyablement fascinante, la caméra ayant réussi à capter un sentiment profond dans le regard de l’animal). Si une partie du public pense que la truie se suicide en se jetant dans l’étang qui borde la ferme, j’y vois tout autre chose. Reproduisant un rituel inquisiteur, le fermier retire la truie morte de l’étang à l’aide d’une échelle, mais celle-ci est solidement ligotée, ainsi que quelques poules, ces même poules qui nous sont présenté comme ayant commis un adultère. Il s’agit ici d’un rappel au combat contre la sorcellerie et le péché, traduisant la colère et l’impuissance (les femmes étaient attachées à des échelles, pour être jugées plus prés de Dieu, puis brulées vives).
Que reste-t-il de l’espoir, de l’amour, de la raison d’être ? L’homme s’enterre alors, prés de son aimée, pour fusionner avec la terre, et effacer sa trace de la surface de la planète.
Second déclic ! L’envie de déféquer en est encore l’origine. Après une longue séquence à bout de souffle (traduite par le son), où il ne reste que le ciel, la terre et rien à l’horizon, l’homme se lève, ne pouvant se résigner à être mangé par les vers, dans son plus simple appareil, et va à la selle. C’est ici qu’il comprend ce qu’il a de plus médiocre, de plus insupportable chez lui : il interfère avec la nature, il existe parce que le reste existe.

Dans une longue troisième partie, Zéno développe la descente aux enfers de son personnage, qui cherche à se réinventer, lui et sa race toute entière. Faisant maintenant objection à toute croyance grégaire et à tout rituel, il vide ses bocaux mortuaires, pour les remplir avec un mélange de merde et de plantes. La fameuse Vase du titre. C’est dans un délire coprophage, au départ, scatophage par la suite, que nous entraine le fermier, cherchant à fonctionner en cycle fermé, à ne plus avoir d’interaction avec le reste du monde. Est-ce là pure action post-traumatique, d’avoir blessé un animal qui ressent les choses ? Est-ce là l’ultime façon d’annihiler l’homme dans l’humain ? Un repentir ? La question reste ouverte, et si Vase de Noce ne nous donne pas de réponse, c’est pour qu’on en trouve plusieurs. Véritable acte nihiliste, la bande de Zéno se voit interdite encore aujourd’hui dans de nombreux pays. Shootée dans un noir et blanc du plus bel effet, le film a pour avantage de ne jamais céder à la facilité, et d'aller jusqu'au bout de son concept. L'acteur scénariste, Dominique Garny, est totalement habité par son personnage, et la musique, naviguant entre les cantiques et les premières expériences electro contribue a semer le trouble et le malaise au visionnage. Vous l'avez compris, Vase de Noce n'est pas pour tout le public, et a été maintes fois interdite de diffusion. L'oeuvre est aujourd'hui classée art et essai pour avoir la légitimité d’être diffusée.