| Titre : Pink Flamingos | |
|
Réalisateur : John Waters |
|
| Scénariste : John Waters | |
| Producteur : John Waters | |
| Année de production : 1972 | |
| Origine : U.S.A. | |
| Avec : Divine, David Lochary, Mink Stole... |
Interdit au - 16 ans
- Violence Physique : Oui (si on considère que des filles enchainées c'est violent)
- Violence Psychologique : Oui (si on aime pas les marginaux, et les choses anormales)
- Sexe : Oui (une fellation filmée)
- Gore : Non (sauf si un peu de ketchup et un anus dilaté c'est gore)
Impossible de commencer mes chroniques par une autre œuvre que Pink Flamingos, de John Waters, film de 1972, tourné avec un budget de 12000$ en 16 mm. Et pourtant, l’exercice est périlleux tant le film a fait, et fait encore parler de lui, alors qu’il se résume très facilement. Voyez plutôt : Divine, nommée « être le plus dégoutant de la planète » par un magazine, vit cachée dans une caravane avec sa famille, pour éviter la police et la presse. Pendant ce temps, les Marbles, couple mondain, cherche à détrôner Divine de son titre.

Si Waters a bien compris quelque chose, en filmant son Pink Flamingos, c’est que pour choquer le public, il n’est nul besoin d’écrire un scénario compliqué aux enjeux multiples, mais bien de se focaliser sur les personnages qui vont le parsemer.
Il travesti alors encore une fois Harry Glenn Milstead en Divine, comme il l’avait fait auparavant pour Mondo Trasho et Multiple Maniacs (dans lequel elle se faisait violer par un homard géant), et la fait pour la première fois apparaitre en couleur. Pour l’accompagner dans sa quête du dégueulasse, il entoure son travesti d’une bien belle famille. Le fils de Divine, hippie écervelé fou de sexe bizarre, sa femme, jolie brin de fille, qui aime mater les actes pervers de son mari, et la mère de Divine, grosse femme à coté de la plaque, qui ne jure que par les œufs, vêtue d’une culotte et d’un soutien gorge, enfermée dans un parc à bébé.

Tout ce beau monde vit en parfaite harmonie dans une caravane (rose de préférence), perdu au milieu d’un terrain vague, histoire de ne pas être dérangé.
Face à eux, un couple et son majordome, les Marbles, qu’on dirait tout droit tiré d’un manga, fier de leurs couleurs de cheveux, rouge ou bleu, fier d’être un couple qui s’aime, fier de leur belle maison, fier d’être machiavélique et à l’origine d’un plan bien huilé tellement crétin qu’ils n’ont plus que ça à la bouche. En effet, le couple kidnappe des jeunes femmes (où l’homme accroche une saucisse à son propre pénis pour effrayer l’innocente), les enchaine dans leur cave, les fait mettre enceinte par le majordome, revend les bébés à des couples lesbien, et utilise l’argent pour financer un réseau de drogue dans les lycées.
Inutile de préciser que la surenchère d’idées provocantes sont à l’image du film, délirante et peu crédible. Car il s’agit bien ici d’une comédie. Et il serait difficile de l’envisager autrement, tant les dialogues et les situations semblent improvisés. Joyeux bordel cacophonique, Pink Flamingos cherche à briser les tabous d’une société étriquée, en installant la spontanéité comme mot d’ordre. Divine braille plus qu’elle ne parle, la moitié des séquences dialoguée pourraient être coupées, et le patchwork de couleur et de matières présentent à l’image prouve au spectateur qu’il est bel et bien en face d’un film qui assume pleinement son coté fauché et festif.

Pink Flamingos donne l’impression d’être au cirque, ou dans la cour des miracles (notamment lors de la fête d’anniversaire de Divine, où le clou du spectacle est un show où un des invités nous expose, face caméra, combien il peut dilater son anus sur commande), qu’on s’attache ou non aux personnages qui peuple l’œuvre, et démontre, si on veut bien l’accepter, que la marginalité n’est pas quelque chose d’inné.
Bien que les Marbles tentent par tous les moyens de devenir des êtres sales et sanguinaires, ils ont toujours l’air ridicule, précieux, et la mécanique de leurs plans parait être juste trop cohérente, planifiée, et clean. De plus, les deux comédiens interprétant le couple semblent bien moins à l’aise dans leur jeu (volontaire ou pas ?) que le reste de la troupe, mettant en valeur la facilité avec laquelle la famille de Divine est naturellement anticonformiste et choquante.

Mais qu’en est-il exactement de ce choc ? Si le trash peut rebuter, pour la majorité des gens, ici il est presque cathartique. La première information du métrage sera de nous avertir que Divine est l’être le plus dégoutant de la planète, par une voix off (celle de Waters lui-même), et le développement nous conduira lui, à nous démontrer le contraire, nous présentant le gros travesti comme quelqu’un d’humain, se refusant à être provocateur gratuitement. En revanche, son fils s’applique à lui faire de la concurrence et nous rendre hilare lors d’une scène de viol sur une étudiante, viol à base de pénétration de poulet vivant. Si la scène n’est pas filmée en détail (le réalisateur s’amuse plus d’une situation causasse impliquant l’imagination du spectateur que d’un réel scandale), celle de la fellation incestueuse, entre la mère et le fils, est non simulée, et mise en scène de la façon la plus crue.
Car Waters a également compris qu’avoir des idées farfelues et une belle brochette d’acteurs impliqués, c’est bien, mais les montrer sans passer par un procédé de mise en scène, c’est mieux.

Et c’est ainsi que Divine devient réellement l’être le plus dégoutant de l’histoire du cinéma, dans une scène finale ajoutée (entendez par là que l’intrigue est résolue), filmée en plan séquence pour mieux souligner l’authenticité de l’acte, dans laquelle elle attend qu’un caniche ai fini de déféquer, pour se délecter de ses excréments encore frais.